Monopoly Montcuq
Jeu de base
Complexité
1,62
Joueurs
2-8
BGG
5,40
Conseillé par la communauté : 3-6 joueurs
Idéal : 4 joueurs
Description du jeu
La Grande Affaire du Monopoly Montcuq
Chronique semi-légendaire d’un soulèvement ludique sur Internet
Il était une fois, dans le Lot, un petit village paisible au nom aussi ancien qu’improbable : Montcuq.
Ses habitants vivaient tranquillement entre pierres blanches, marchés du Sud-Ouest et collines du Quercy, loin d’imaginer qu’un jour leur commune deviendrait le centre d’une bataille nationale mêlant Internet, humour collectif, jeux de société et marketing dépassé par son époque.
Nous sommes en 2007.
À cette époque, Internet n’est pas encore dominé par les réseaux sociaux modernes. Facebook existe déjà, mais n’a pas encore avalé le monde. Twitter débute à peine. Les grandes places publiques du web français sont alors les forums, les blogs, les sites communautaires et les chaînes d’e-mails improbables.
Et parmi ces royaumes numériques règne un lieu incontournable pour les amateurs de jeux : Tric Trac.
À sa tête : Phal, personnage barbu, passionné, bavard, excessif parfois, mais profondément amoureux du jeu de société et de sa communauté.
À l’époque, pour beaucoup de joueurs français, « Monsieur Phal » EST le jeu de société sur Internet.
Pendant ce temps, chez Hasbro, une idée marketing paraît brillante.
Pourquoi ne pas créer une édition spéciale du Monopoly où les internautes choisiraient eux-mêmes les villes françaises présentes sur le plateau ?
Le concept semble parfait :
faire participer le public,
créer du buzz,
moderniser l’image du Monopoly,
générer de l’engagement sur Internet.
Le vote est lancé.
Et c’est là que tout bascule.
Quelqu’un — nul ne sait exactement qui le premier — remarque qu’une petite commune française participe au concours : Montcuq.
Le nom déclenche immédiatement ce qu’Internet sait faire de mieux : une gigantesque blague collective.
Car bien sûr, prononcé rapidement, « Montcuq » provoque depuis des générations les mêmes éclats de rire enfantins et irrésistibles.
Très vite, des appels au vote apparaissent partout :
sur les forums,
dans les blogs,
dans les mails,
dans les signatures de messages,
dans les communautés de joueurs.
Mais surtout, l’affaire arrive sur Tric Trac.
Et là, la machine s’emballe.
Monsieur Phal et la communauté s’emparent du sujet avec une joie presque militante.
Ce n’est plus seulement une blague : c’est devenu un défi collectif.
Chaque vote supplémentaire ressemble à une petite victoire populaire contre le sérieux marketing des grandes entreprises.
Les internautes votent massivement.
Encore.
Et encore.
Et encore.
Montcuq grimpe dans le classement.
Puis dépasse des grandes villes françaises.
Puis prend la tête.
Puis écrase littéralement la compétition.
À mesure que les chiffres montent, Internet entre dans une sorte d’euphorie absurde.
Des slogans apparaissent.
Des montages circulent.
Les forums explosent de messages.
On surveille le classement comme un soir d’élection présidentielle.
Et pendant ce temps, chez Hasbro, l’ambiance devient probablement beaucoup moins festive.
Car le problème apparaît soudain clairement :
le futur Monopoly France risque de contenir des phrases que le service marketing préférerait éviter.
« J’achète Montcuq. »
« Je construis un hôtel à Montcuq. »
« Bienvenue à Montcuq. »
Le vote populaire devient un piège.
Mais il est trop tard.
Internet a choisi.
Et Internet, déjà, déteste qu’on lui retire sa victoire.
Quand les résultats finaux tombent, Montcuq est officiellement première.
Écrasante.
Incontestable.
Puis survient le moment qui fera entrer cette histoire dans la légende d’Internet français.
Hasbro annonce que Montcuq ne figurera finalement pas dans le jeu.
Officiellement, l’entreprise évoque des raisons éditoriales et choisit finalement Dunkerque pour remplacer la commune victorieuse.
L’effet est immédiat.
Explosion générale.
Pour les internautes, ce n’est plus une plaisanterie :
c’est devenu une injustice.
Le sentiment dominant est simple :
« Vous avez demandé au public de voter.
Le public a voté.
Et vous refusez le résultat parce qu’il ne vous plaît pas. »
Sur les forums, les réactions se multiplient.
Tric Trac devient l’un des centres nerveux de la contestation.
Monsieur Phal raconte, commente, ironise, relance.
L’affaire déborde largement du monde du jeu.
Les médias s’en emparent
La presse régionale jubile.
Les radios en parlent.
Les journaux télévisés relaient l’histoire.
Même l’AFP couvre le sujet.
Pendant quelques jours, Montcuq devient probablement l’un des villages les plus célèbres de France.
Et Hasbro découvre une leçon que beaucoup d’entreprises apprendront plus tard :
sur Internet, ouvrir un vote signifie accepter de perdre le contrôle.
Face au tollé, l’éditeur finit par céder partiellement.
Une édition spéciale est finalement produite :
le Monopoly Montcuq.
Objet improbable.
Presque clandestin.
Mi-réparation, mi-geste commercial.
Le tirage est limité.
Les boîtes deviennent rapidement collectors.
Et quelque part, dans des maisons françaises, des familles commencent à jouer au Monopoly le plus raffiné de l’histoire du pays.
Aujourd’hui encore, cette histoire reste l’un des premiers grands épisodes de mobilisation humoristique du web français.
Avant les hashtags.
Avant les armées Twitter.
C’était l’époque des forums, des pseudonymes, des internautes passionnés et des fous rires collectifs.
L’époque où un petit village du Lot réussit, pendant quelques semaines, à faire vaciller une multinationale simplement parce qu’Internet avait décidé que Montcuq devait gagner.
Et il avait gagné.